Excursion à Giudecca

Après le beau temps, la pluie.

Hier, mardi, nous sommes passés du ciel bleu, vent presque nul à une journée de pluie violente accompagnée de vent. J’ai pu sortir quand même pour tester mon équipement «imperméable» et je dois dire que ce fut un succès. Par contre, utiliser un téléphone avec écran tactile avec les doigts mouillés représente un défi de taille. Heureusement les auvents déployés de certains commerces nous permettent de nous arrêter et consulter notre appareil le temps de s’y retrouver et repartir. Pour les photos et vidéos, je me laisse le temps de réfléchir à une autre solution. Puisque j’ai apporté mon vieil appareil Sony RX-100, il sera possible de répartir les tâches de navigation et capture d’images sur deux appareils.

Les nouvelles chaussures VESSI, imperméables et légères,
ont livré leur promesse dans ce genre de situation.

L’ignorance est plus obscure que la nuit. 
Proverbe Foulfouldé, Sénégal

J’ai appris le 24 novembre que la soirée du lundi 21 novembre aurait pu être la répétition de la catastrophe du 12 novembre 2019 lorsque la marée haute avait dépassé 197 cm et causé des dégâts considérables à la ville. Heureusement, le système de digue MOSE a permis de contrer la troisième plus importante hausse du niveau de l’eau depuis 1966: 193 cm.  Ne pas être informé de ce qui se produit autour de nous peut être parfois bénéfique pour notre bien-être. Je vais approfondir sur le sujet de l’Aqua grande dans un prochain article.

Se donner un objectif.

Mercredi matin, soleil radieux, ciel dégagé. Je n’avais rien de prévu cet avant-midi. Je décide d’aller voir du côté de l’île de Giudecca qui est située au sud de Venise. Cette île dont le nom proviendrait des giudicati qui signifie «les jugés», des nobles qui avaient entravé le cours de la justice et qui, au 9e siècle, y étaient envoyés. 
Sur le chemin, un bas relief qui a survécu jusqu’à aujourd’hui.
Défiant les lois de la gravité.

Pour m’y rendre, je fais le trajet à pied (13 min) jusqu’à la station S. Zaccaria mais avec un crochet par la Piazza San Marco. Je voulais constater comment le plus visité des sites de Venise se présente avec les hordes de touristes. Chemin faisant, au fil des calle et ponte, le beau temps agit comme un baume de bonheur sur l’attitude des gens dans les rues et les canaux. Chacun est affairé à livrer le produit touristique anticipé et les visiteurs quant à eux, profitent de chaque instant et prennent des égoportraits en quantité industrielle tant il y a de points de vue, d’angles intéressants, de perspectives et de monuments. Chaque photographie tente de raconter «j’étais à Venise !».

Arrivée à la Piazza San Marco, même à 10h du matin, la quantité de gens est impressionnante pour moi, mais tout à fait normale pour les Vénitiens. La beauté du lieu est la principale constante parmi toutes les activités qui grouillent. Groupes avec guides, les tours de gondola, files d’attente pour la basilique et le palais des Doges, les goélands et pigeons qui font du rase-mottes sur nos têtes, le bal incessant de vaporetto qui déchargent les badauds sur les différents quais des stations. 

Les ouvriers spécialisés profitent d’une vue et d’une température exceptionnelles
du haut de leur station de travail.


Des travaux de rénovation sur la façade sud du Palais des doges. Les ouvriers spécialisés sont juchés tout en haut du célèbre bâtiment grâce à d’imposants échafaudages mécanisés. Ils découpent avec de puissantes et bruyantes scies les joints entre les fragiles tuiles de marbre coloré et comblent l’interstice fraîchement créé avec un calfeutrage à l’aide de pistolets modernes. 

Ce doit être gratifiant pour ces ouvriers de travailler sur cette structure qui a plus de 500 ans. Enfin, je l’espère...

J’essaie de comprendre de quelles sortes de dangers
les Doges voulaient se prémunir par ces doubles grillages
installés dans les fenêtres. Diamètre des barres de fer: 4 cm. 

Le plaisir de naviguer vers sa destination.

C’est bien beau la Piazza San Marco mais j’ai bien hâte de mettre les pieds sur l’île de Giudecca. Il faut prendre le Vaporetto 4.2 en direction Piazzale Roma dont le parcours traverse le Canale Della Giudecca pour nous amener directement aux 4 stations réparties sur la longueur de la rive qui fait face à Venise.

La traversée de 12 minutes nous permet déjà d’admirer le profil de Venise. Dès lors que l’on accoste sur le Fondamenta Delle Zitelle (quai), on est dans une autre ambiance. On respire le grand air marin, le point de vue est panoramique. 

J’avais décidé de ne pas relire les guides touristiques pour être plus libre de découvrir ce lieu sans autre but que de faire un premier repérage. C’est encore l’effet du «j’ai amplement le temps de revenir à cet endroit plus tard». Est-ce que j’ai tort de penser de cette manière ? Nous verrons.

Sur cette île, les bâtiments d’importance sont les églises Chiesa del Redentore et Chiesa di Sant’Eufemia et Chiesa delle Zitelle et à l’extrémité ouest de l’île, le Molino Stucky, l’ancien moulin à blé de style néogothique reconvertit en palace. 

Je choisis de pénétrer perpendiculairement vers l’intérieur de l’île qui s’avère peu profonde. On atteint la rive sud assez rapidement. Les structures de briques rouge sont marquées par l’usure du temps et par l’œuvre destructrice des vagues qui partent du fond de la lagune lors des forts vents. On aperçoit des embarcations abandonnées qui ont subi les effets de la dernière tempête. Certaines images me rappellent des scènes déjà vues aux Îles le la Madeleine. 

La visite, faite d’un pas lent m’amène à traverser des quartiers résidentiels, calmes, loin du tumulte de la cité des Doges. On s’y sent bien. On imagine cet endroit durant les mois de la saison chaude, entouré par les eaux peu profondes de la lagune. On aimerait y pratiquer des sports nautiques avec, en arrière-plan, la plus belle vue sur Venise et terminer notre journée à l’osteria sur le quai et raconter nos exploits. Il faut rêver. En 1986, je m’étais dit que je reviendrais voir Venise. Trente-six ans plus tard, je le fais d’une façon que je n’aurais jamais pu imaginer alors.



Signalisation pour indiquer la présence d’une salle d’exposition.
Ici, pour le Guatemala.

Portion d’une oeuvre réalisée avec les techniques ancestrales
de la fabrication de vêtements au Sénégal.

Surprenante galerie de revues d’art dans un décor minimaliste mais efficace.


L’art est partout.

Sur l’île, des expositions faisant partie de la Biennale et que l’on découvre au détour des petites rues. Oeuvres de réalité virtuelle, boutique de revues d’art, installation spectaculaire, peinture monumentale, tant de choses à apprécier toujours dans un décor contrastant avec le contenu proposé. Toutes les expositions satellites à la Biennale sont gratuites. On aperçoit une affiche annonçant une exposition, on entre, on savoure et on continue notre périple. Simple, organique et satisfaisant.

Je navigue en zigzag dans les rues, essayant de couvrir tout le territoire. Découverte d’ateliers de réparation de bateaux, dont les fameuses gondoles. Je constate que les technologies de résines époxydes ont fait leur chemin jusque dans ces embarcations séculaires. Il faut dire qu’elles sont sollicitées ces magnifiques barques. Elles ont besoin d’entretien comme nos véhicules automobiles. Sapristi! j’avais déjà oublié que j’aurais à reprendre contact avec notre Mazda au retour avec tout ce que ça implique. 

Vidéo carte postale de la journée.


L’ouverture sur la mer.

La pointe ouest de l’île où l’on retrouve l’immeuble Molino Stucky et son hôtel de luxe offre un point de vue spectaculaire sur le quartier Dorsoduro de l’autre côté du canal. Le bâtiment évoque l’époque industrielle de la fin du XVIIIe siècle. Il paraît que le bar Skyline situé au 8e étage est un endroit prisé par la jeunesse dorée de Venise les week-ends et les soirs de fête.

En rebroussant chemin, j’arrive devant la Chiesa Sant’Eufemia, une petite église du IXe s. avec sa porte ouverte invitant le passant à s’y approcher. Ce faisant, dans le cadre de porte, je vois l’autre porte de la nef qui est aussi ouverte. La vue de la lagune et l’odeur du large qui traverse l’espace représentent une expérience en soi. Le décor est sobre et bien préservé. Nul doute que des travaux d’entretien ou de rénovation ont eu lieu au fil des siècles.

Il est 13h et les restaurants qui longent les Fondamente Sant’Eufemia, dei P. Piccolo, dei Pante Lungho, San Giacomo, della Croce et Zitelle sont très attirants. On y trouve tous les styles et les gens sont attablés à l’extérieur car le temps le permet. En étant seul, il est plus difficile de choisir un endroit et de s’y arrêter, car le plaisir ne pourra être partagé. Qu’à cela ne tienne, j’y reviendrai avec ma conjointe en janvier, le moment sera plus propice pour vivre la bella vita sur le bord du canal.

L’autre église del Redentore est fermée pour rénovation. On va se replier sur les guides et Internet pour voir les beautés qui s’y cachent.

Il est temps de reprendre le vaporetto et faire le chemin inverse. Je reste sur le pont du bateau pour bien profiter de la vue sur la ville. Je commence à reconnaître certaines sections du parcours, mais je ne serais pas capable de m’y retrouver sans carte. La difficulté est que l’on fait des parcours différents, de jour sous la noirceur. Ce qui change beaucoup l’apparence des rues. Le jour, certains commerces sont fermés tandis que le soir (dès 16h30) les vitrines sont éclairées de tout feu. Au fil du temps, je pourrai certainement me diriger plus facilement. J’ai bien maîtrisé la façon de consulter du coin de l’œil mon téléphone pour tenter de me faire passer pour un Vénitien.

Un arrêt rapide à l’épicerie COOP pour le ravitaillement de la cuisine et direction le studio pour commencer ma journée de télétravail à 15h. Vers 18h, préparation du souper et reprise du travail vers 19h. Fin de journée vers 23h, appel avec la famille et dodo profond.


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