Épilogue
Le 30 janvier 2023, je quittais Venise, une ville qui m’a comblé du point de vue émotionnel et intellectuel. J’étais venu ici pour vivre un moment d’intensité tout en sachant qu’il y avait une grande part d’inconnus et d’imprévus. J’avais aussi la certitude que ce ne serait pas ordinaire. Je me disais que trois mois, ce serait très vite passé. Ce qui s’est avéré exact.
Ce séjour de longue durée dans un autre pays est une première pour moi. En fait, une première à l’âge adulte puisque j’avais vécu une année complète au Maroc lorsque j’avais onze ans. C’était en 1970. Nous étions sept familles installées dans le nord du Maroc dans le cadre d’une mission canadienne de développement et la modernisation de l’agriculture. Cette expérience m’avait ouvert l’esprit sur le monde, ses différences, sa richesse. Peut-être ai-je conservé en moi le désir de revivre une telle expérience et m’installer dans un pays où l’exotisme est au rendez-vous. Toujours est-il que Venise, avec son emplacement, sa configuration, son histoire et ses mystères était une destination tout à fait indiquée pour moi.
Je retiens de cette expérience les liens tissés avec de nouvelles connaissances, que ce soit des habitants de Venise, les gens de Venywhere qui ont eu l’idée de créer ce projet ou les membres de la première cohorte de télétravailleurs inspirés par cette ville. Nous étions en basse saison ce qui a permis de profiter d’une accalmie dans la ville, car il faut le dire, les habitants de la ville doivent composer avec un nombre impressionnant de visiteurs sur un si petit territoire. Le fait d’habiter pour trois ou six mois faits de nous des «touristes» certes, mais des touristes qui tentent de modifier le rapport que les commerçants entretiennent avec les hordes de gens qui ne font que passer dans la ville sans trop connaître les spécificités de celle-ci.
J’ai posé la question à plusieurs commerçants et ils ressentent pour la plupart une exaspération, car la qualité du tourisme a changé. Ils ne font que passer pour prendre les «selfies» incontournables à la Place Saint-Marc, en gondole, sur un joli pont et devant la Basilique San Marco. Les récentes tentatives de fixer un droit d’entrée pour ceux qui y viennent pour une journée et de limiter les groupes à 25 vont peut-être aider, mais ce changement prendra quelques années pour modifier un tant soit peu la situation. Comme le disent les groupes contestataires; Venise n’est pas un Disneyland!
Cette ville est avant tout un écosystème où vivent des gens, travaillent, se divertissent, entretiennent les espaces publics, créent de la culture. La pression du tourisme de masse conjuguée avec les problèmes liés à l’érosion et la montée fréquente des eaux ont fait fuir près de 30 000 habitants de la ville depuis une vingtaine d’années. Il y a autant d’habitants que de lits pour l’hébergement touristique. Ce n’est pas évident de renverser cette tendance.
D’autres villes dans le monde possèdent des musées impressionnants, des lieux historiques grandioses, une scène culturelle riche et innovante. Mais Venise est dans une classe à part avec son décor, son histoire, son héritage, son emplacement dans la lagune et aussi par sa constante évolution malgré qu’elle n’ait pas changé d’aspect depuis des siècles. C’est pourquoi les visiteurs sont enchantés et parfois envoûtés par elle.
Pour ma part, je le ressens comme un privilège de pouvoir y vivre et profiter de cet univers à la fois romantique et actuel. On a l’impression de participer à son histoire et d’être partie prenante de son avenir.
L’absence de véhicules, vélos, trottinettes, camions nous fait redécouvrir un bien-être. Un bien-être que l’on peut ressentir lorsque l’on se retrouve dans la nature certes, mais ici, nous avons l’avantage de rester en contact avec une civilisation inspirante.
Pour résumer mon séjour, j’ai produit une vidéo qui résume la diversité des expériences vécues à Venise:

Grand merci Louis pour ce partage qui fait du bien et malgré tout donne espoir. La bonté, la beauté, l’espoir existent toujours.
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