Le télétravail dans un 40m2

Le projet de télétravail à Venise était beau sur papier. Les promesses de s’installer à Venise et avoir l’occasion de travailler dans des endroits inspirants dans la ville n’ont pu être réalisées par l’organisation Venywhere pour plusieurs raisons. Dès que j’ai pris possession de mon petit studio situé dans le quartier Cannaregio, la première chose fut de définir un endroit pour installer mon ordinateur portable, les chargeurs pour iPhone, pile de secours, haut-parleur, etc. Par chance, je dispose d’une table IKEA avec 4 chaises. Je délimite d’un côté la zone de travail et de l’autre, en face, la zone repas. Je manque de surface pour installer les guides touristiques, le nécessaire d’aquarelle, les tablettes de papier. Les chaises supplémentaires serviront de tables d’appoint.


Le manque de surface force à concentrer tous les accessoires
et le matériel au même endroit

Deuxième chose, vérifier le lien internet promis par Marco, le propriétaire. À ma grande surprise, j’obtiens par le Wi-Fi une vitesse supérieure à 460 Mb/s en téléchargement et 240 Mb/s en téléversement !

Je teste l’équipement avec un appel vidéo sur Messenger. J’utilise mon iPhone 13 Pro comme caméra vidéo et j’obtiens une qualité d’image parfaite. Même en étant très éloigné des gens avec qui je communique, le fait que l’image soit de très bonne qualité compense pour l’éloignement. 

Évidemment, dans les premiers jours, je ne pensais pas que mon installation de fortune deviendrait mon bureau principal pour les 10 prochaines semaines.

J’avais choisi ce petit appartement, car il me semblait approprié pour une seule personne et bien situé sur la carte de Venise. La porte d’entrée donnait sur un canal, ce qui ajoutait au charme de l’endroit. Venywhere avait trouvé un superbe appartement qui répondait à toutes les caractéristiques que j’avais indiquées sur un formulaire. Mais le prix était le double de celui que j’avais réussi à trouver avec l’aide de connaissances. J’y suis allé avec le choix logique et raisonnable. Ce choix s’est avéré être le bon avec le recul.

Côté cuisine, celle-ci était très bien. Peu de choses, mais l’essentiel pour une personne: deux assiettes plates, deux assiettes creuses, des ustensiles, un verre à vin, une tasse à café grand format, deux tasses format espresso, une poêle, un petit chaudron, un chaudron moyen et un plus grand. Une surface de cuisson à induction et une cafetière espresso Bialetti induzione. Un petit frigo sous le comptoir, mais pas de congélateur. Des armoires de rangement, un grille-pain. Bref, j’aurai à préparer des repas à partir de cette installation somme tout assez confortable.









Exemples de plats cuisinés pour une personne à partir
d’ingrédients frais du marché et de pâtes fraîches ou sèches.


Marco m’a expliqué les consignes concernant les déchets et le recyclage qui a lieu sur six jours par semaine. J’ai donc placé des sacs près de la porte d’entrée pour accumuler et séparer le papier, le plastique et le métal. 

Il y a une seule fenêtre dans l’appartement. Celle-ci donne sur le coin de l’immeuble et puisqu’elle est au niveau de la rue, je peux entendre les pas des gens qui empruntent le passage sous les arches du bâtiment appelé sotoportego. L’entrée de l’immeuble donne sur le Sotoportego Del Magazen. 

Le matin, j’aperçois à travers les deux grillages qui sécurisent la fenêtre, les têtes des gens qui passent, les personnes qui montent et descendent le ponte del Piovan o del Volto qui surplombe le confluent du Rio dei Miracoli et le Rio di Ca’ Widmann. Ce que j’apprécie le plus, c’est le d’entendre parler italien, cette langue chantante qui s’exprime par les mères qui vont reconduire leurs enfants à l’école toute proche. Trois d’entre elles s’arrêtent sur le coin de l’immeuble devant ma fenêtre et peuvent discuter pendant vingt minutes. Je ne comprends rien de ce qu’elles se disent, mais je me doute que cela est en rapport avec les aléas de la vie, les enfants, leurs conjoints, la politique. Puis vers 8h30, les voix s’estompent pour laisser place au silence interrompu par les cris des gondoliers qui doivent annoncer leur virage: Ohey ! 


La fenêtre permet de sentir le pouls
de la rue dès qu’il y a de l’action. 

Vers 9h, ce sont les employés de la firme Veritas qui arpentent le quartier en poussant et en tirant leurs chariots d’ordures et de recyclage en aluminium et spécialement conçus pour franchir les ponts et se faufiler dans les petites allées. Spazino ! crient-ils pour que les habitants du quartier sortent leurs sacs d’ordures ou de recyclage. Dans notre immeuble, ils sonnent et au premier étage, quelqu’un déverrouille la porte d’entrée à distance. L’employé entre et saisit rapidement les sacs empilés pour les placer dans le chariot. C’est le rituel matinal auquel je me suis habitué très rapidement et qui est devenu rassurant pour un étranger dans cette ville.


Dans le vestibule, les ordures et les matières recyclables sont prêtes
à être cueillies par les employés de Veritas


Les employés hommes et femmes travaillent à un rythme rapide
pour pouvoir couvrir
chacune des zones qui leur sont assignées.


La conception des chariots est étudiée pour franchir
les nombreux escaliers de Venise sans trop d’effort.

Le lit est escamotable et devient un canapé. Les premiers jours, je le laissais ouvert pour me permettre d’y placer des vêtements, objets, papiers que je désirais avoir à portée de main. Puis, je me suis dit que ça serait peut-être mieux de replacer le lit en mode canapé tous les matins. Ainsi, ça me forçait à être plus organisé et d’avoir un décor plus intéressant. J’ai donc développé ma routine qui ne demandait que quelques minutes pour tout placer en ordre. 

La tablette au-dessus du canapé me permettra d’y placer des aquarelles au fur et à mesure que je pourrai en compléter.

Le fait de replacer le décor tous les matins aide à se sentir en contrôle
de la situation et évite qu’on soit dépassé par le désordre
qui peut s’installer très rapidement.

Pour le travail, il faut vite trouver une façon de s’asseoir confortablement. Ce qui n’est pas évident. Je décide de placer le second oreiller sur la chaise en contreplaqué pour tenter de recréer une assise plus moelleuse. Ça semble fonctionner en attendant de trouver un endroit de télétravail dans la ville. L’avantage de l’appartement est le calme et l’absence de bruit. Ce qui permet de faire des visioconférences sans trop se soucier de déranger ou de se faire déranger. Le niveau de concentration peut rester à son maximum.


 L’espace de travail se transforme au gré des tâches
à accomplir durant la journée.

Dans les prochains jours, je pourrai aller essayer des espaces comme les bibliothèques de l’Université Ca’Foscari ou au Combo, un ancien couvent reconvertit en un endroit qui combine, hôtel, café et restaurant. Mais en attendant, il s’agit de reprendre le fil normal des affaires, mais avec six heures de décalage. Pour aider, j’ai laissé sur mon ordinateur le fuseau horaire de Montréal pour que je puisse travailler avec les mêmes heures que les collègues du bureau. C’est plus facile de gérer les rendez-vous sur le calendrier. Les notifications pour les participants au Canada sont sur le bon fuseau horaire. 

Il va sans dire qu’une connexion à haut débit facilite la vie d’un télétravailleur. Ça permet de ne pas sentir la distance avec nos collaborateurs et les clients. Certains n’y voient que du feu. Pour ceux qui savent que je ne suis pas sur le même continent, les discussions prennent une tout autre tournure. Le fait d’échanger avec quelqu’un qui est installé à Venise crée un certain rapprochement, voire une connivence. Pour la famille, ces moments précieux devant la caméra permettent de suivre l’évolution des petits-enfants ou de partager les événements en temps réel.

La journée typique débute à 8h avec le réveille-matin, puis douche, petit-déjeuner, courriels, ménage, planification du trajet à faire, 5 heures de marche, de visite de lieux ou de musées, d’achats en épicerie et retour pour 15h pour reprendre le fil du travail avec les gens à Québec, collation à 16h, puis, à 18h, préparation du souper, appel avec la famille ou amis, reprise du travail vers 19 jusqu’à 22h30, classer des photos, travailler sur le blogue, planifier le lendemain et dodo vers 1h30 du matin. Les nuits se passent bien car l’épuisement du corps et du cerveau garantit un sommeil profond et récupérateur. Les week-ends représentent de vraies vacances car je dispose de sept heures de plus pour découvrir Venise ou relaxer.

J’aime bien ce petit appartement, car il était situé dans un endroit plus tranquille de la ville, mais proche de canaux et de ponts pittoresques. C’est un endroit où je reviendrai, c’est certain !



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