Visite à la Scuola Internazionale di Grafica Vezenia
Mayla et moi faisons le chemin ensemble vers la Scuola. Un trajet presque en ligne droite de quinze minutes qui nous permet de passer par l’artère Strada Nova sur laquelle se sont installés des marchands ambulants de toutes sortes sous des tentes dans le contexte de Noël. La rue est très animée. Les gens achètent des cadeaux de Noël à petit prix comme des gadgets de cuisine ou bien des portefeuilles en cuir, mais fabriqué dans d’autres pays. Pour ma part, je repère les stands de produits alimentaires que j’avais aperçus lors de la célébration de Santa Maria Della Salute. J’aurai l’occasion de goûter enfin à ces spécialités italiennes qui ont l’air appétissantes.
Sur la Strada Nova on y trouve une variété de commerces de destinations, magasins de tissus, boutiques de linge, salons de coiffure, pasticceria en grand nombre, tratoria et cafe qui déploient leurs terrasses pour permettre aux gens de s’arrêter et de profiter de l’ambiance festive.
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| Stands de marchands et épicerie Despar sur Strada Nova et Calle de l’Anconeta. |
J’aperçois même l’hôtel La Forcola où nous Hélène et moi avions logé en 1986. Malheureusement, ce dernier est fermé. Pourtant l’édifice, d’un grand gabarit, bien entretenu, bordé par un canal se trouve à l’intersection d’un canal et d’un pont qui crée un endroit très intéressant pour des photos pittoresques. Dommage.
Une dernière ligne droite sur la Calle de l’Anconeta sur laquelle on y trouve une épicerie Despar installée dans un ancien théâtre. L’endroit est vraiment séduisant. Tout l’équipement moderne est comme déposé dans un décor d’une autre époque. Faire son épicerie devient une expérience inspirante.
Ensuite nous devons trouver l’école qui est située à l’écart sur la Calle II del Cristo. Des anciens bâtiments industriels discrets comparés à d’autres endroits plus ostentatoires de Venise. Nous franchissons l’entrée et un passage transformé en galerie d’art pour les projets d’étudiants ou artistes en résidence. Nous sommes accueillis par un membre du personnel qui nous accompagne dans le local qui sert d’atelier pour tout ce qui concerne les techniques d’impression.
En mettant les pieds dans ce grand local, on est saisi par la charpente de bois qui procure une ambiance charmante. Il n’y a pas d’étudiant à l’atelier ce matin. Par contre, nous en avons aperçu dans une salle de classe avec ordinateurs.
L’homme informe Mathilde que nous sommes arrivés. Elle est installée sur la mezzanine qui trône au- dessus de l’atelier. Comme un poste de commande au sommet qui veille sur le navire en contrebas. Nous l’entendons répondre qu’elle arrive dans quelques instants. Ces instants, pour nous, représentent un moment pour tout observer autour de nous. Des vielles presses, des tables de travail avec tous les outils bien rangés. Une propreté exemplaire sur tous les postes de travail.
Mathilde descend l’escalier et nous accueille chaleureusement. Elle est désolée parce qu’il n’y a pas d’activité ce matin. Je lui mentionne que nous sommes impressionnés de voir que tout est en ordre. Mathilde me confie que c’est parce qu’elle a vécu beaucoup d’années dans les bateaux et voiliers de son père. Elle a donc appris très jeune, à ranger de manière efficace tout ce dont elle a besoin.
Les locaux datent de 1969, où un groupe de personnes dont faisait partie Mathilde décide d’installer l’école dans d’anciens entrepôts décrépits et abîmés par le temps.
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| Vues de la grande salle de la Scuola Grafica. |
Mathilde veut nous montrer la plus belle vue de l’École. Elle nous conduit dans un bureau-atelier d’artiste qui fait le coin du bâtiment. En approchant, nous comprenons l’émerveillement qui illumine les yeux de Mathilde après toutes ces années. Dans l’atelier, des oeuvres en dentelle de papier couvrent tous les murs. Ce qui nous attire c’est la fenêtre qui donne sur le canal Rio di San Marcuola. Le bâtiment est à fleur d’eau et nous nous sentons comme dans une barque. La forme du bâtiment, avec son décroché, offre une magnifique perspective sur le canal qui débouche sur le Canal Grande avec, en arrière-plan, le musée d’histoire naturelle logé dans le Fondego dei Turchi (maison-entrepôt des Turques) que j’ai eu le loisir de visiter fin novembre.
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| La vue de la fenêtre ne laisse personne indifférent. |
L’atelier bureau est occupé par Deirdre Kelly, artiste rencontrée lors du premier workshop d’aquarelle chez Mathilde. J’aurai l’occasion de revenir visiter ce lieu pour mieux comprendre la démarche de son art.
Nous nous dirigeons vers la mezzanine qui ne faisait pas partie du bâtiment, mais qui a été ajoutée pour augmenter l’espace. Dans les marches d’escalier, une pléthore d’objets et de curiosités semble nous entourer et nous conduire dans le Saint Graal de cette école. Une expérience immersive qui ne fait que débuter. Tout en haut de l’escalier, le plafond est maintenant à portée de main. Nous sommes dans l’antre de Mathilde avec toutes ses archives depuis cinquante-trois ans et peut-être même plus. Des plans de travail avec tous ces petits outils de dessins, de peinture, de gravure et de découpe de papier. Autour de nous, rangées dans des boîtiers, tiroirs, cartables et porte-folio, une quantité impressionnante d’oeuvres, d’essais, de prototypes réalisés dans cette école. Au hasard, Mathilde nous montre des monotypes réalisés par des artistes et elle-même. Elle prend le temps d’expliquer en détail les procédés qui ont abouti à l’impression d’une oeuvre unique.Tellement de créativité dans chacun des exemples.
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| Mathilde est comme un poisson dans son récif de corail. |
Elle réalise des portraits de personnages fictifs en gravure sur plaque de cuivre. Nous sommes intrigués qu’elle puisse dessiner des visages ayant tout de même des traits distinctifs. Puisqu’elle prend le vaporetto tous les jours à la même heure, elle croise les mêmes personnes qu’elle peut observer à répétition et donc, elle peut dessiner ces visages de mémoire, avec un trait fin et léger.
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| Épreuves de gravure de personnages fictifs réalisés par Mathilde. |
Mathilde nous explique qu’elle a commencé à faire de l’art à quatorze ans avec une professeure renommée à Venise. Elle s’est fait mettre un cube en plâtre blanc devant elle pour qu’elle le dessine «jusqu’à ce que le cube ait une âme». On imagine qu’elle a dû passer quelques semaines à le regarder et le reproduire de toutes les façons pour arriver à obtenir l’effet recherché par sa mentore.
Je lui mentionne qu’elle est privilégiée de vivre et travailler dans ce lieu d’expérimentation et de création. Elle est d’accord et ajoute qu’au fil des ans, plusieurs artistes de talents sont venus faire des workshops ou travailler en résidence et qu’elle a beaucoup appris au contact de toutes ces personnes qui apportent chaque fois leur bagage de connaissances et leurs techniques.
Mathilde nous montre ses outils de gravure sur plaque de métal. Des outils qu’on ne trouve pas chez le quincaillier du coin. Ce sont les mêmes outils (burins) utilisés par les graveurs dans les maisons françaises comme Cartier et Puiforcat. Les lames sont facilement démontées pour en faciliter l’affûtage. Partout, du papier sous toutes ses formes habite cet espace. On sent que Mathilde est comme une enfant dans sa chambre-atelier. Je lui dis que je comprends maintenant pourquoi elle se rend ici à tous les jours à 87 ans pour travailler et continuer sa recherche dans le domaine des arts visuels. C’est évident que cette dame est une inspiration remarquable pour les jeunes étudiants qui fréquentent cette école.
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| Des cylindres d’acétate ou des bouteilles d’eau se transforment en d’ingénieux présentoirs pour des oeuvres ou des photographies. |
Mathilde trouve des façons ingénieuses pour exposer toutes sortes d’oeuvres, de dessins, de souvenirs en image. Elle crée des cylindres en acétate dans lesquels sont placées les images. Ces cylindres deviennent eux-mêmes des pièces de décor. Elle a sous les yeux, placés sous la surface de plexiglass recouvrant le comptoir, des dessins d’enfants à différents âges. Mathilde a eu trois enfants, Vittorio, Lorenzo et Orsola.
D’ailleurs, elle appelle son fils, Lorenzo qui travaille à l’école. Un bel italien au visage noble vient nous rejoindre sur la mezzanine. Nous en profitons pour lui expliquer notre démarche avec le groupe Venywhere. Il apprécie beaucoup cette approche qui permet d’avoir des gens de différents pays qui apportent du renouveau et des points de vue différents. De toute façon, Venise a toujours été dans son histoire un lieu de rencontres de différentes nations et cultures.
Quant à Orsola, elle vit à Londres où elle milite pour une révolution dans le monde de la mode et de la fabrication de vêtements. Elle a écrit un livre sur le sujet. Une femme très engagée et inspirante elle aussi.
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| La technologie côtoie le traditionnel. |
Nous devons laisser Mathilde poursuivre sa journée. Je l’informe que je m’inscrirai au deuxième workshop d’aquarelle dans deux jours. Elle sera enchantée de m’accueillir à nouveau. Elle me dit qu’il y aura une Américaine qui vit en Allemagne qui a décidé elle aussi de s’inscrire. Est-ce à dire que ce sera encore un atelier privé pour deux personnes?
Ce n’est donc qu’un au revoir pour moi.
Mayla et moi repartons lentement, tout en faisant un tour des installations pour décanter un peu ce qui vient de se passer. Une fois dans la rue, nous avons encore peine à réaliser le précieux moment passé dans ce lieu chargé d’histoire et de création. Une visite inspirante qui laissera des traces.
Merci Mathilde, pour ce beau moment.
Cette vidéo permet de mieux saisir l’ambiance du lieu.
https://www.scuolagrafica.it/en/
https://www.instagram.com/matildedolcettiartista/
https://www.instagram.com/deirdre2196/
https://www.instagram.com/orsoladecastro/?hl=fr









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